IOSQVINVS PRAETENSIS
Josquinus Praetensis, "gravure sur bois de Petrus Opmeer, d'après une peinture de la cathédrale Sainte-Gudule de Bruxelles" Opus Chronographicum Orbis Universi - Anvers, 1611
Né au milieu du XVème siècle et mort au début du XVIème, Josquin Desprez occupe une position d’équilibre entre Moyen Âge et Renaissance. «Il possède dans leur plénitude, écrit Jacques Chailley, tous les caractères que l’on attribue à l’une et l’autre époque.»
Bien qu'étant un artiste reconnu de son vivant dans toute l'Europe et vénéré longtemps après sa mort, fort peu de traces de sa vie sont parvenues jusqu'à nous. Quelques registres de salaires, des allusions dans des lettres éparses, de rares documents administratifs nous permettent d'assembler un puzzle dont la plupart des pièces sont définitivement perdues.
De son enfance, de son éducation, de sa personnalité, ou de son activité pendant les vingt dernières années de sa vie (pour ne prendre que quelques exemples), nous ne saurons presque rien. Cette carence d'informations entoure le personnage d'un voile de mystère qui aiguise aujourd'hui la curiosité de nombreux historiens de la musique.
L'approche de la vie de Josquin Desprez est donc assez complexe du fait de la minceur des sources, parfois de leur manque de fiabilité ou de leurs contradictions. C'est pourquoi il nous a semblé plus clair de récapituler les principaux repères biographiques dont nous disposons dans un tableau chronologique. Si vous ne souhaitez pas lire trop de détails vous pouvez directement consulter un résumé en cliquant ici.
Les éléments biographique en italique jaune sont mentionnés pour mémoire car ils figuraient jusqu'à une date récente dans tous les écrits. Il aurait été démontré en 1998 que les sources sur lesquelles les auteurs jusqu'alors se basaient mentionnaient une autre personne que le compositeur qui nous intéresse.
Pour déterminer l'âge de Josquin aux différentes périodes de sa vie nous retiendrons 1445 comme date de naissance de référence.
Date
(et âge)
Elément biographique Sources et commentaires Selon les hypothèses, d'environ 1440 à environ 1450Josquin (ou Jossequin) Lebloitte "dit Desprez" naît, sans doute dans le Vermandois, peut-être près de la source de l'Escaut (village de Beaurevoir ?).
Josquin = "le petit Josse" (intention hypocoristique comme les mots frérot, bichette, fifille)
Desprez = "des prés" (de la prairie)D'après certains musicalogues, le lieu de naissance de Josquin se déchiffre dans l'acrostiche de son motet "Illibata Dei virgo nutrix" : IOSQVINDESPREZ ADCAVVESCAVGA = JOSQUIN DES PREZ originaire de la tête (la source) de l'Escaut.
Cependant, dans un document établi peu de temps avant son décès (voir la dernière ligne du tableau) pour dresser la liste de ses biens figurent les mots "...natif de dela le noir eauwe...", ce qui peut signifier au-delà de la rivière Eau Noire (donc peut-être dans le Vermandois), ou bien aux alentours de la rivière Eau Noire, petite rivière qui arosait la partie orientale du vieux comté de Chimay, au sud de Charleroi...
Il est difficile de savoir si Josquin est de "nationalité" française, bourguignone ou flammande au moment de sa naissance. En revanche il semble acquis que sa culture est française.
Source de l'Escaut
EnfanceJosquin reçoit sa formation d'enfant de choeur à la collégiale de Saint-Quentin ? D'après Claude Hémeré, bibliothécaire du cardinal de Richelieu qui affirme en 1633 (112 ans après la mort de Josquin...) qu'il fut chantre à Saint-Quentin. Loyset Compère (c.1440-1518) et Jehan Mouton de Holligue (c.1459-1522) sortirent également de la formation chorale de cette même ville.
Il est difficile d’affirmer que Josquin fut l’élève d’Ockeghem (c.1410-1497), mais il est permis de penser qu’au moins indirectement il reçut l’enseignement de son illustre prédécesseur. De même eut-il peut-être l’occasion d’approcher Guillaume Dufay (c.1400-1474) lors d’un séjour à Cambrai.
Basilique de Saint-Quentin
juillet 1459 jusqu'en 1472
(19-32 ans)Un certain "Judoco de frantia, biscantori..." entre comme chanteur adulte (biscantor) à la chorale de la cathédrale de Milan (Dôme de Milan). Voir la remarque en introduction du présent tableau. Selon cette hypothèse la voix de Josquin devait être adulte, donc il devait être âgé d'environ 20 ans. Si l'on abandonne cette hypothèse, la date de naissance de Josquin peut être reculée d'environ 5 à 10 ans...De décembre 1472 à 1476
(32 à 36 ans)Un certain "Juscchino picardo" est "cantori di capella" de la chapelle du duc Galeazzo Maria Sforza, jusqu'à son assassinat par de jeunes conjurés le 26 septembre 1476. Voir la remarque en introduction du présent tableau.
Le fils de Galeazzo (Jean) étant mineur, la régence fut assurée par sa mère Bonne de Savoie. Les oncles du jeune duc (les frères de Galeazzo, Ludovic le More et Ascanio Sforza) fomentairent d'obscurent intrigues politiques pour s'emparer du pouvoir. Ludovic y parvint en novembre 1479...
Entre 1475 et 1478
(environ 30 ans)Josquin est chanteur dans la chapelle de René Ier d'Anjou (1409-1480) à Aix-en-Provence. Présence attestée en 1477 (Ouvrard).
Chapelle : terme général désignant toute institution groupant chanteurs, parfois instrumentistes attachés au service aussi bien d'une église que d'un prince.
S'installant en Provence, René Ier d'Anjou écrivit des poésies et des traités de morale. Il s'entoura d'une cour de gens de lettres et d'artistes. Son gouvernement débonnaire lui valut d'être appelé "le bon roy René".
René Ier d'Anjou dit "le Bon"
1478-79
(environ 33 ans)Josquin entre à la chapelle d'Ascanio Sforza, membre de la famille régnante à Milan (frère du duc assassiné Galeazzo Maria Sforza).
Il y restera jusqu'en 1486, à l'âge d'environ 41 ans.
Josquin est appelé "Josquinus d'Ascanio".
L'Italie est alors constituée d'une multitude de villes-Etats en pleine effervescence politique, commerciale et artistique : Florence (les Médicis), Milan (les Visconti puis les Sforza), Ferrare (les Este), Rimini (les Malatesta), Urbino (les Montefeltro), Venise, le Vatican...
A Milan Josquin a pu être en contact avec Léonard de Vinci qui s'était mis au service de Ludovic le More (voir plus bas) depuis 1482.
Monument funéraire d'Ascanio Sforza
1479
(environ 34 ans)Josquin est victime du "feu de Saint-Antoine" (un zona, infection virale neuro-dermatologique). D'après un laisser-passer pour permettre à Josquin de se rendre au sanctuaire de Saint-Antoine de Delfinato afin de remercier le Saint de l'avoir guéri.
Dans ce texte figurent les mots "...Josquino picardo cantori et capellano...". Or ce titre, qui se retrouve dans tous les documents du Vatican, est associé aux compositeurs de la chapelle papale qui deviennent prêtres ou chanoines. Josquin aurait donc, dès cette époque, pu recevoir les ordres sacrés (Roset). Voir aussi le chirographe établi peu après sa mort.
Début 1483
(environ 38 ans)"Gossequin Després" revient à Condé-sur-Escault pour réclamer une propriété que lui a légué son oncle Gille Lebloitte. (Jaap van Benthem et Ouvrard)
La même année le duc Ercole d'Este se rend à Milan pour rencontrer Ludovic le More (voir plus bas). Josquin lui dédicace sa messe Hercules dux Ferrariae.
Jusqu'en 1483Josquin fréquente la chapelle musicale de Laurent le Magnifique (1449-1492) à Florence. Au cours des nombreux voyages d'Ascanio Sforza (complots, remous politiques, banissement, exils...). Ascanio retourne à Milan en 1483.
Figure emblématique de la grande époque de Florence, Laurent de Médicis est le maître «magnifique» d’une cité pacifiée. Poète et politique, il se voue aux arts et aux études humanistes.
Giorgio VASARI - Portrait de Laurent le Magnifique - Galleria degli Uffizi, Florence.
1484
(environ 39 ans)Ascanio Sforza est fait cardinal à Milan. D'autres titres s'ajoutèrent bien vite à celui-ci : légation de Bologne, titularisation du diocèse de Padoue, épiscopat d'Agira en Hongrie (où il est attesté que Josquin était connu de son vivant)... entre 1484 et 1490
(entre environ 39 et 45 ans)Josquin est en contact avec le poète musicien Serafino dall'Aquila (1466-1500) et le peintre Pinturicchio (1454-1513). (Ouvrard)
Serafino Cimminelli dall’Aquila fut à la cour d’Isabelle d’Este (Mantoue) l’un des plus célèbres compositeurs de frottole.
Frottole : courte chanson profane italienne de style populaire apparue en réaction à l’art savant des musiciens franco-flamands (d’où son caractère comique et parodique).
Pinturicchio - La vierge et l'enfant entre Saint-Jérôme et Saint-Grégoire le Grand - Musée du Louvre 1485Ascanio Sforza est fait légat (ambassadeur) du pape Innocent VIII. Il est probable que Josquin séjourne alors de plus en plus à Rome.1486 à 1495 ?
(41 à 50 ans)Josquin est chanteur et compositeur à la chapelle vaticane (chapelle Sixtine) sous les pontificats d'Innocent VIII (1432-1492), puis Alexandre VI Borgia. Il partage peut-être son temps entre la chapelle d'Ascanio et celle du pape.
Innocent VIII : de moeurs dissolues, il pratique, devenu pape, le népotisme et fit construire à Rome le Bervédère. Sa bulle "Summis desiderantes affectibus" institutionnalisa la lutte contre les sorcières et inspira un manuel de détection des cas de sorcellerie fort prisé des inquisiteurs...
Innocent VIII
novembre 1487 à octobre 1488
(environ 43 ans)Josquin reste auprès du 3ème frère d'Ascanio Sforza : Ludovic Sforza dit le More (1451-1508), malade durant cette période. D'après les registres de Ludovic le More.
Patient, calculateur, cruel et rusé, protégeant les artistes et les savants, ayant plus de goût pour les intrigues que pour les armes, Ludovic Sforza, s’il fit de Milan l’une des plus brillantes cours d’Europe, livra l’Italie aux armées étrangère.
Ludovic Sforza dit "le More" - Musée du Louvre
1489 ?
(environ 44 ans)Josquin rentre à Rome et repart en voyage accompagner son cardinal dans ses visites de sièges épiscopaux (Pavie, Crémone, Plaisance, Modène, Pésaro, Saint-Ambroise de Milan). La chronique signale que les célébrations officielles se faisaient sur la musique sacrée de Josquin. 13 avril 1492
(environ 47 ans)Josquin participe à la journée d'accueil d'Ercole d'Este et de sa suite par le pape et aux solennelles célébrations organisées à cette occasion. 1492Christophe Collomb découvre l'Amérique. Août 1492
(environ 47 ans)Mort du pape Innocent VIII et élection en 1492 du pape Alexandre VI Borgia (1431-1503).
Le cardinal Ascanio devient secrétaire d'Etat.
"On vit accéder à la suprême dignité, un homme que l’Église ancienne n’aurait pas admis au dernier rang du clergé à cause de sa vie dévergondée» (L. Pastor, 11 août 1492, "Histoire des papes".
Alexandre VI eu pas moins de six enfants (dont César, héro du "Prince" de Machiavel et Lucrèce Borgia...). Homme d'Etat plutôt qu'homme d'église, il pratiqua le trafic de biens spirituels (la simonie), le népotisme, etc.
Alexandre VI Borgia
1495 à 1500On perd la trace de Josquin. A-t-il fait des séjours à la cour du roi de France Louis XII (1462-1515) ? à Lyon ? à Nancy à la cour du duc René II de Lorraine (1451-1508) ? Est-il rentré en Flandres pour recruter des chanteurs pour le compte du duc de Ferrare (voir plus bas) ? Les registres des salaires du Vatican sont perdus pour la période 1495 à 1501.
S’il est sûr qu’il a travaillé pour Louis XII, on ne peut affirmer avec certitude qu’il ait été maître de chapelle à la cour de France. Outre le témoignage de Glarean, relatant, dans son Dodecachordon de 1547, les rapports de Josquin avec la chapelle du roi de France, il reste quatre compositions concernant Louis XII.
Tout en continuant à être rétribué par la chapelle papale à Rome, Josquin figure dans les registres de salaire de la cour du duc René de Lorraine (archives de Meurthe-et-Moselle). Josquin ne perdait pas le nord !
René II de Lorraire
1499-1503Plusieurs documents révèlent l'intérêt du duc d'Este à Ferrare pour Josquin. "...Monseigneur, je pense qu'aucun Seigneur n'aura de meilleure chapelle que vous, si votre Seigneurie fait venir Josquin... En ayant Josquin dans votre Chapelle, j'espère placer une couronne au sommet de votre chapelle..." (Coglia, lettre du 14 août 1502 au duc) décembre 1501
(environ 56 ans)Josquin est présent lors de la rencontre à Blois entre le roi de France Louis XII et le duc de Bourgogne Philippe Ier le Beau (1478-1506). On ne sait pas à quel titre Josquin a assisté à cette rencontre.
Par une lettre adressée à son maître par l'ambassadeur ferrarais à la cour de France, on apprend que Philippe le Beau demande au roi que Josquin l'accompagne en Espagne (voyage de 1503 ?).
Louis XII doit sa popularité aux circonstances. Réducteur des impôts grâce aux richesses de l’Italie, codificateur des coutumes et paré de l’auréole du roi justicier, il a eu la chance de régner à une époque de transition bénéfique à la France.
Philippe Ier le Beau
Louis XII
1503
(environ 58 ans) Josquin est à Lyon sur le chemin de Ferrare en Italie.(Ouvrard) avril 1503
(environ 58 ans)Josquin devient le "maestro della capella" du duc de Ferrare Hercule (Ercole) Ier d'Este (90 km au sud-ouest de Venise).
... aux dépends du compositeur Isaac (c.1450-1517?) qui ne demandait pourtant que 120 ducats alors que Josquin en exigeait 200...
Sensible aux lettres et aux beaux-arts, instrumentiste lui-même, le duc de Ferrare choisit personnellement les chanteurs recrutés pour étoffer une des chapelles les plus recherchées de l'époque (Barbier). Outre pour la musique, il porta un vif intérêt pour le théâtre où il introduisit des oeuvres de caractère profane accompagnées d'imposantes mises en scène qui lui permirent de recueillir le consensus de ses sujets et des hommes de culture (en savoir plus).
Il fit preuve d'une grande habileté dans la politique des mariages afin de nouer des alliances importantes : son fils Alphonse épousa Anna Sforza, puis Lucrèce Borgia (fille du pape Alexandre VI) tandis que la fille Béatrice épousa Ludovic Sforza dit le More.
Hercule d'Este, duc de Ferrare
entre avril 1503 et (avril ?) mai 1504 Josquin et de nombreux autres compositeurs accompagnent en Espagne Philippe le Beau, héritier du trône. Certains historiens situent ce voyage vers 1500. Autres compositeurs présents : Agricola (c.1446-1506), Pierre de la Rue (c.1460-1518), Brumel (c.1460-1520)...avril 1504 ou début 1505
(environ 60 ans)Une épidémie de peste incite Josquin à retourner dans sa région d'origine. "Messire Josse Deprés" devient en mai 1504 prévôt de l'église Notre-Dame de Condé (près de Valenciennes, aujourd'hui département du Nord). D'après un cartulaire (livre des privilèges et titres) daté du 3 mai 1504.
Prévôt : titre écclésiastique auquel sont attachées des prébendes (pension, biens immobiliers...).
On ne sait pas qui a accordé le titre de prévôt à Josquin : Marguerite d'Autriche ? Maximilien (son père) ?Condé sur l'Escaut
1508-1511 ?
(63 à 66 ans)Contacts avec Marguerite d'Autriche (1480-1530) à Malines. Durant ces années trois chansons sont peut-être adressées à Marguerite.
Malines (en néerlandais, Mechelen) : au nord de Bruxelles, Malines est la métropole religieuse de la Belgique. Le début du XVIe siècle correspond à sa plus brillante période : en effet, Marguerite d’Autriche, tante de Charles Quint et, plus tard, gouvernante des Pays-Bas en son nom, y fixa sa résidence en 1507 pour y rester jusqu’à sa mort en 1530. Elle s’y fit construire un beau palais, aujourd’hui transformé en palais de justice. Cultivée et aimant les arts, la gouvernante entretint une cour brillante, attirant les peintres Gossart et Van Orley, ainsi que des philosophes, dont Érasme.
Marguerite d'Autriche - Musée du Louvre
23 mai 1508
(environ 63 ans)Le doyen du chapitre de Condé adresse une lettre à Marguerite d'Autriche pour la renseigner sur l'état de santé de Josquin dont elle s'était inquiétée. Une autre lettre non datée de Josquin et signée des membres du chapitre remercie Marguerite de sa sollicitude et assure qu'il est en excellente santé. 1520
(environ 75 ans)Alors qu'il résidait en Flandres, Charles V, le futur Charles Quint (1500-1558) attribue à Josquin et à un autre chanteur de Condé un généreux salaire. Peut-être pour le recueil de Aucunes chansons nouvelles.
27 août 1521
(environ 76 ans)Josquin meurt à Condé-sur-Escaut dans le Hainaut. D'après un chirographe (charte) daté du 19 septembre 1521 où il est attesté que deux échevins se sont rendus le 23 août précédent au chevet de Josquin mourant pour faire son testament. "...leur fu dict et adverty par le dit sire Josse Després lors gisant et couchant sue ung lich [sur un lit] la cause pourquoi les avait fait requerre venir vers lui... Avait este pour ce qu'il estoit délibret soy faire enregistrer ou role de la ville [qu'il était décidé à se faire enregistrer au rôle de la ville] ou sont enregistrz bastars et aubains [enfants naturels et étranger]. Affin de ses biens par tant estre preservez et affranchis de non venir ne appertenir après son trépas a tiltre de son aubanet [situation d'étranger] et au droit et prouffit [profit] des dammes et seignouries dudit condet... Le XXIIIe jour Daoust mil VC et XXI Sire Josse despres prebstre fist claing au mayeur et escevins de condet pour estre mis en ce dist rolle en paiant les droix a ce pertinens comme natif de dela le noir eauwe..."
D'après aussi la copie de la copie de l'épitaphe de sa mort qui devait figurer sur une pierre tombale située dans le choeur de l'église Notre-Dame de Condé. Avant que l'église avec ses pierres tombales ne soient détruites, un certain Maréchal Michel de Croy la transcrivit au XVIIème siècle dans le manuscrit "L'histoire de Condé", au chapitre des "Mémoires et sépultures les plus anciennes de Notre-Dame de Condé". Cette inscription fut ensuite reportée dans un manuscrit ayant pour titre "Sépultures de Flandres, Hainaut et Brabant" dont la reproduction figure ci-dessous... (Roset)
Chy gist Sîre Josse despres
Prevost de cheens fut jadis :
Priez Dieu pour les trepasses
Qui leur donne son paradis.
Trepassa l'an 1521 le 27 août :
Spes mea semper fuisti. Ci gît Sire Josse despres
Qui fut jadis prévôt de céant :
(du latin ecce c'est à dire ici, à Condé)
Priez Dieu pour les trépassés
Qui leur donne son paradis.
Trépassa l'an 1521 le 27 août :
Spes mea semper fuisti.
In Josquinum a Prato (6 voix)
Déploration sur la mort de Josquin
Nicolas Gombert (1490-1556)
Durée 3 min. 32 s. - Taille 15 Ko
Après sa mort divers évènnements peuvent également être rapportés :
1522-23
(un à deux ans après sa mort)Vente de la maison de Josquin le 9 septembre 1522 à Jacques de Sivry de Buache, lieutenant des bois à Valenciennes pour 650 livres tournois.
Vente d'une pâture d'environ 5 hectares le 22 juin 1523 au chanoine Jehan Mathon pour 600 livres. Josquin demandait que sa maison soit le soin de processions chaque matin pendant les fêtes de Marie et chaque samedi de l'année "...pour chanter en musique le paster noster, et ave maria par lui composet..." 1533
(12 ans après sa mort)Rabelais louange Josquin dans le quatrième livre de son Pantagruel et le place en tête de tous les musiciens, avant Ockeghem et Agricola. 1539Publication du recueil de messes "Missae Tredecim" (Missa Pange lingua, Missa Da pacem Domine) par l'éditeur de Nuremberg Johann Ott. La paternité de la messe Da pacem Domine a été mise en doute, voire franchement écartée. 1545Publication par l'éditeur d'Anvers Tylman Susato d'un recueil de chansons. 1547
(26 ans après sa mort)Dans le Dodécachordon de 1547 l'humaniste suisse Heinrich Glarean (1488-1563) analyse l'oeuvre de Josquin et prétend qu'il avait une voix de basse. Ceci serait confirmé par la composition intitulée Ludovici Regis Franciae iocosa cantio où Josquin tient la partie de basse et qui comporte une voix dite «vox regis» (la voix du roi), présentant irrévérencieusement une seule et même note d’un bout à l’autre de la pièce (le roi Louis XII chantait paraît-il très faux...).
1549Publication par l'éditeur parisien Pierre Attaingnant d'un recueil de chansons. 1560
(39 ans après sa mort)Le poète français Pierre de Ronsard (1524-1585) affirme dans son "Livre des Meslanges" que Josquin est "Hennuyer de nation", c'est à dire originaire du Hainaut (au nord de la Picardie). Le poète peut-être confondu avec le lieu de sa retraite, à Condé dans le Hainaut. 1567Cosimo Bartoli : "...Et je sais bien que Josquin, élève de Ockeghem, a certainement été, en musique, une nature prodigieuse, de même que Michel-Ange l'a été en architecture, peinture et sculpture. Ansi, de même que personne n'a de loin pu approcher Josquin dans ses compositions, de même Michel-Ange est le seul et sans égal, parmi tous les artistes de ces disciplines. Tous deux, l'un comme l'autre, ont ouvert les yeux de ceux qui prennent plaisir à ces disciplines artistiques...". 1576Un sonnet de J. Régnier mis en musique par Rolland de Lassus comprend le vers : "Josquin aura la palme ayant été le premier". 1846
(325 ans après sa mort)La maison de Josquin est détruite pour y substituer une caserne d'infanterie française. "...En démolissant une cheminée, un maçon trouva à l'attaque du mur un parchemin desseché sur lequel cinq à six générations avaient passé plus de cent couches de plâtre. Cet employé génial et conciencieux gratta l'épave qu'il tenait entre ses mains, la lava et découvrit une tête d'homme sous la croûte épaisse de plâtre qui la recouvrait. Dessous était écrit : "Josquinus Pratensis". (article paru le 26 septembre 1888 dans le périodique lillois "La Flandre" sous la signature d'un certain Alphonse Debauwe)
Aucune trace de ces faits ni du portrait ne nous sont parvenus.
Josquin - Peinture de Housez
(XIXème siècle - Hôtel de ville de Condé)
Portrait imaginaire sur la base du portrait d'Opmeer
(en haut de cette page). Autre portrait imaginaire...
Fresque des arts libéraux de la cathédrale du Puy attribuée à Jean Pérréal (c.1455-1530), célèbre peintre qui servit Marguerite d'Autriche et plusieurs monarques anglais.
Des sept arts libéraux, seuls quatre ont pu être sauvé de la dégradation : la Grammaire, la Rhétorique, la Logique et la Musique, ici représentée sous les traits d'une femme portant sur ses genoux un orgue portatif. A ses pieds figue une figure emblématique de cet art dont certains pensent reconnaître Josquin Desprez.
Ce personnage tient dans chaque main un marteau et les frappe sur une enclume. C'est une allusion à la légende selon laquelle Pythagore (philosophe grec du VIème s. avant J.-C.) aurait découvert les rapports entre sons en écoutant les bruits produits par le choc de marteaux de différents poids sur l'enclume d'un forgeron.
Pour visualiser la vie de Josquin parmis les musiciens de son temps, vous pouvez jettez un coup d'oeil au tableau chronologique des musiciens nés avant 1500 (en travaux...)
Natif du nord de la France, il appartient au vivier extraordinaire de musiciens originaires de cette région et de l'actuelle Belgique, et qui donna son nom à tout un courant de la musique du XVème et du XVIème siècles : la musique franco-flamande. En l'occurrence, il est de culture française.
La vie le met très tôt au contact de l'Italie, pays où il passera la moitié de sa vie. Il effectue ainsi le parcours-type du musicien franco-flamand. En effet, ce pays est alors le principal centre intellectuel de l'époque et attire de nombreux artistes étrangers. Il faut aussi souligner que Josquin va côtoyer cette culture italienne tant au sein de l'Eglise catholique (chapelle papale) qu'auprès des cours princières (duché de Ferrare).
Son métier premier est clerc et chanteur. Avant d'acquérir son immense renommée de compositeur, Josquin aura dû se faire remarquer comme exécutant de musique, probablement dès son enfance.

A la fois continuateur et inventeur, Josquin Desprez réalise le trait d'union entre la musique du Moyen Âge et celle de la Renaissance.
Homme du nord de la France immigré en Italie puis finissant sa vie "au pays", ce musicien réalise un métissage entre un art gothique au caractère mystique et parfois cérébral et un style Renaissance imprégné d'humanisme, de grâce et de clarté.
Surtout dans ses premières oeuvres - ou supposées telles -, Josquin puise sa technique d'écriture dans celle de ses aînés, qui elle-même prend sa source aux tréfonds du Moyen Âge.
Chef d'oeuvre de la musique du Moyen Âge, la Messe Notre Dame de Guillaume de Machault
a laissé une empreinte durable sur l'histoire de la musique. Josquin en est l'héritier indirect.
Premier Kyrie de la Messe Notre Dame
Guillaume de Machault (XIVème s.)
Durée 51 s. - Taille 2 KoSymbolique des chiffres , technique du canon , du cantus firmus , primauté de la mélodie et des intervalles d'octave et de quinte, on trouve tous ces éléments du discours musical bien avant lui. De Guillaume Dufay (env. 1400 - 1474), il garde la technique du faux-bourdon (voir ci-dessous) , le principe de la messe cyclique ou bien l'art de la variation.
Communion de la Missa S. Jacobi (extrait)
Guillaume Dufay
Durée 6 s. - Taille 0,7 Ko / 0,3 KoVersion complète (3 voix) Plain-chant et faux-bourdon
(à la quarte inférieure)De Jean Ockeghem, il hérite d'une inspiration à caractère profondément mystique et mélancolique, ainsi que d'une stupéfiante puissance de conception intellectuelle .
Missa Mi-Mi (Kyrie)
Jean Ockeghem
Durée 1 min. 34 s. - Taille 4 KoCependant, en matière d'influences, la prudence s'impose. En effet, les trois compositeurs précédemment cités furent contemporains et ont très bien pu s'influencer.
Si Josquin se sert du passé, il imprime à la musique de son époque une inflexion décisive qui pourra soit marquer le point culminant d'un genre - la messe -, soit donner une impulsion si importante qu'elle laissera son empreinte sur toute la musique du XVIème siècle - la chanson -.
Globalement, il compose dans un style plus simple et plus lisible que ses prédécesseurs. Le rythme est plus fluide. Les brusques envolées lyriques émaillées de syncopes d'un Ockeghem sont abandonnées.
Requiem (extrait de l'Offertorium)
Jean Ockeghem
Durée 2 min. 12 s. / 14 s. - Taille 5 / 1 KoVersion complète Envolée lyrique seule ! La perception de la polyphonie y gagne en clarté. Dans la musique profane, les références à la chanson bourguignonne à trois voix cèdent la place à une polyphonie a capella à quatre voix.
Comparons la chanson à 4 voix de Josquin "De tous bien playne est ma maitresse" avec son modèle à 3 voix
du compositeur Hayne. Les deux voix du dessus sont reprises presque à l'identique.
La voix de basse est remplacée par un rapide canon à deux voix.
De tous bien playne est ma maitresse (Chanson)
Hayne van Ghizeghem / Josquin Desprez
Durée 56 s. / 1 min. 14 s. - Taille 3 / 6 KoOriginal de Hayne à 3 voix Version de Josquin à 4 voix Dans les messes, Josquin traite le cantus firmus d'une façon beaucoup plus libre que ses prédécesseurs. Celui-ci n'est plus seulement confié à la voix de ténor et s'émancipe de son schéma de base pour prendre des formes variées au cours de l'oeuvre. Plus important encore, la relation entre le texte et la musique se modifie. Les moyens expressifs musicaux sont de plus en plus mis au service du texte. Ainsi, des cadences sur certains mots soulignent leur importance.
Missa D'ung aultre amer (Kyrie)
Josquin Desprez
Durée 1"33 - Taille 4 KoEnfin, les considérations verticales - ou harmoniques - s'affirment par rapport aux considérations horizontales - ou mélodiques -. Si la mélodie reste fondamentalement le support de l'expression musicale, l'harmonie participe de plus en plus au discours . De surcroît, cette dernière gagne en douceur, par exemple avec la conduite parallèle des voix sur des sonorités pleines (sixtes, dixièmes et tierces en combinaisons variables).
Josquin aborde dans ses oeuvres des genres classiques pour son époque. Sa production artistique se compose d'une vingtaine de messes polyphoniques - ainsi que de quelques fragments de messes -, d'une centaine de motets à 4, 5 et 6 voix (pour la plupart), et d'environ 80 chansons à 3, 4, 5 ou 6 voix, presque toutes en français. Ajoutons enfin qu'historiens de la musique et musicologues hésitent quant à l'attribution (parfois abusive) de certaines oeuvres à Josquin Desprez.
Petite camusette (Chanson à 6 voix)
Josquin Desprez
Durée 57 s. - Taille 5 Ko
Principales sources (liste exhaustive) :